" La Veste "
Annes trentes, nuit de cyclone, minuit. Trs peu d'automobilistes alors sur les routes empierres de la Runion. Un jeune homme, venant du nord, rentre pniblement St-Pierre, en luttant contre le vent, les rafales de pluie et le noir.
Passant la hauteur du gouffre de l'Etang-Sal, endroit encore plus sinistre sous ces conditions, il voit une jeune fille sur le bas-ct du chemin. Il s'arrte. Elle lui demande de la conduire St-Pierre, sans dire pourquoi elle se trouve l. Elle est transie de froid, il lui donne sa veste pour la rchauffer un peu. A St-Pierre, il la dpose chez elle, puis rentre chez lui.
Le lendemain, le temps s'est amlior et il s'aperoit qu'il a oubli de reprendre sa veste. Il se rend donc chez la belle et frappe au portail. Une vieille dame ouvre et, aprs ses explications, lui rpond, les larmes aux yeux: " mais Monsieur, ma fille est morte. Elle s'est jete dans le gouffre voici exactement un an. Elle est enterre au cimetire de St-Pierre...". Il fonce au cimetire, court entre les tombes et, arriv l'endroit indiqu par la vieille dame, croit perdre la raison.
Sur la grille de fer forg, il y a sa veste...
" Cabosse et ses abeilles "
Cabosse tait un brave homme habitant aux Goyaves, non loin de St-Joseph. Cabosse levait des arbres fruitiers et possdait de belles rches. Tout le monde l'aimait mais il fallut bien qu'un jour, peu avant la guerre, Cabosse s'en fut rejoindre ses anctres. Tout St-Joseph accompagna le cercueil l'glise puis au cimetire du Butor. Alors que le corps tait en terre, quelqu'un s'avisa d'une monumentale erreur: " Marmaille, nous la oubli de prvenir ses abeilles ! ".
Ngligence ! Lorsqu'un leveur d'abeilles dcde, il faut aller trouver ses btes, leur parler, leur expliquer qu'on continuera de s'occuper d'elles. Puis on couvre les rches de crpe noir. C'est ainsi qu'on invite chez-nous les abeilles la veille mortuaire. Tout le monde se prcipita donc vers les rches de Cabosse, pour une triste constatation: les rches taient vides. Vexes d'avoir t tenues dans l'indiffrence, les abeilles taient parties.
Les rches ne furent plus jamais habites...
" Le diable au bord du chemin "
Annes 50, une dame du sud, une des premires obtenir son permis de conduire, circulait sur le radier de la rivire Saint-Etienne. Une jeune femme, vtue de blanc, lui fit signe de s'arrter. La dame prit en charge la jeune fille. Elle dsirait aller Montvert.
Chemin faisant, la conductrice, tout en regardant la route, demanda sa passagre : " c'est encore loin ?". La peur l'envahissa lorsqu'une voix d'homme lui rpondit : "je vais o tu veux !". Elle se retourna vers sa passagre et vit...un homme, barbe fourchue, 2 cornes sur le crne, des pattes de boucs en guise de jambes.
Elle avait embarqu le diable au bord du chemin, il lui souriait sinistrement. La folie s'empara d'elle...
" La revenante de Marla "
Dans l'Ilet de Marla (cirque de Mafate), une vieille dame tait la sage du hameau. A son dcs, l'ge de 90 ans, on la pleura beaucoup. Un an plus tard exactement, vers minuit, son fils an entendit du bruit sur le toit de sa case. Il sortit prcipitament : sa mre tait l, sourire aux lvres. Elle s'enfuit dans la montagne lorsqu'il voulut l'approcher. Il la suivit quelques temps, puis se ravisant, cria :"Tu es morte, laisses nous en paix !"
Elle disparut brutalement, on ne la revit jamais.
" Gaspard, l'insoumis "
Dbut du 19me sicle, Gaspard tait esclave dans une proprit du sud. Le fier malgache brisa ses chanes et se rfugia Grand Galet source de la rivire Langevin. Il lut domicile sur une excroissance rocheuse o l'on ne pouvait accder que par un troit sentier dangereux et escarp. Il tait indlogeable.
Plusieurs expditions de chasseurs tentrent de le surprendre, en vain. Gaspard lanait des grappes de rochers meurtriers sur ses agresseurs. Un beau jour, un groupe de chasseurs firent bonbance au pied de sa retraite. Au matin, l'un d'eux, ivre, laissa tomber son fusil. Le coup partit tout seul, atteignant le rebelle en plein front.
Depuis ce temps, la source de la rivire Langevin, un Ilet porte le nom d' "Ilet Gaspard". |