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Samedi 16 Novembre 2002, le réveil du volcan

A quatre heures trentes ce matin, le piton de la Fournaise est entré en éruption pour la seconde fois cette année.

Quelques jours seulement après être sorti de son repos apparent, après une première phase de préalerte restée sans suite (six semaines, du 2 septembre au 14 septembre, du jamais vu pour ainsi dire), un séisme de magnitude 2 avait été enregistré samedi dernier sous le massif du volcan. Un signe suffisamment fort pour estimer que le réveil du piton de la Fournaise était bien réel cette fois et justifier l’activation de la préalerte, Mardi matin.

A 23h30 hier soir locales, une crise sismique violente était enregistrée. Cinq heures plus tard, l’éruption débutait. Trois fissures assez longues se sont ouvertes sur le flanc Est dans la région de Madoré. Les coulées empruntent une direction Est-Sud-Est.

Pour le moment l’éruption a lieu dans l’enclos (la caldeira centrale du volcan) et ne présente donc aucun danger pour la population. La préfecture a décidé de fermer l’enclos dans la nuit de vendredi à samedi. Cette nouvelle éruption du volcan était attendue depuis plusieurs mois. Depuis trois mois en effet, des crises sismiques sont régulièrement enregistrées par l’Observatoire Volcanologique qui surveille attentivement la Fournaise.


Déjà les premières photos... (cliquez ici pour découvrir les 1ères images).


Dimanche 17 Novembre 2002

L’éruption se poursuit au Piton de La Fournaise. La lave continue de s’échapper des 3 fissures ouvertes sur le flanc Est du Dolomieu en direction de l’Est-Sud-Est. L’éruption n’est visible d’aucun point de vue hors de l’enclos et l’accès de ce dernier demeure interdit au public.

Alors que l’observatoire avait enregistré vendredi un niveau de sismicité conforme aux jours précédents, une nouvelle crise a débuté tard en fin de soirée, à 23 h 36 exactement.

Les séismes traduisent la fracturation de la roche sous la poussée du magma et se bousculent sur les sismographes juste avant une éruption ! À partir de 4 h 33 samedi, les tracés sont tout à coup devenu plus réguliers, l’amplitude des vibrations augmentant : le trémor était apparu, marquant l’écoulement du magma hors du sol par les fissures éruptives.

Cinq heures de crise ont précédé la sortie de la lave. Une durée peu commune, la plupart des éruptions du piton de la Fournaise survenant après une à deux heures de sismicité intense seulement.

Les scientifiques expliquent ce phénomène par la migration souterraine du magma loin de la zone centrale du volcan. On n’assiste pas dans un tel cas à une classique éruption dite sommitale (dans la région du sommet, qui culmine à 2632 mètres, ou sur ses pourtours) mais à une éruption à plus basse altitude, comme hier ou le 5 janvier dernier (1630 — 1850 m) et plus éloignée de ce sommet.

D’où voir l’éruption ?

Dans l’immédiat, le meilleur moyen de voir l’éruption est sans doute l’hélicoptère, l’avion ou l’ULM… Cher, mais inégalable. En effet, la localisation des fissures éruptives les rend quasiment inobservables depuis le sol, tant que l’enclos est interdit au public.

Les admirer depuis le Nez coupé du Tremblet nécessiterait de très bonnes jumelles (la préfecture indique même que l’éruption n’est pas visible de ce point), pour un résultat qui ne vaut certainement pas la dépense physique (7-8 heures de marche assez pénible parfois, aller-retour, depuis le parking de la route forestière du volcan).

À noter que le Nez coupé du Tremblet n’est pas accessible depuis la RN 2 (sentiers GRR2 et de la coulée de Takamaka interdits par arrêté préfectoral en raison de leurs très mauvais état). Aucun spectacle n’est visible du pas de Bellecombe ou du piton de Bert, pas plus du piton de Partage (il est interdit de poursuivre au-delà en direction du Nez coupé de Sainte-Rose). Reste encore la route nationale 2 (dans le Grand-Brûlé) pour espérer voir les coulées (mais pas les fissures éruptives), surtout en fin de journée et la nuit.

Elles avaient atteint hier soir l’altitude de 500 mètres et se trouvaient au niveau des coulées de juillet 2001 qui ont coupé la route nationale 2.

ENCLOS INTERDIT. — L’accès à l’enclos est interdit.

Il ne sera rouvert au public qu’après reconnaissance et sécurisation d’un itinéraire vers l’éruption. Mais aucune date n’était hier envisagée par la préfecture.



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Lundi 18 Novembre

L’éruption qui a débuté samedi matin sur le flanc Est du piton de la Fournaise se poursuit à un rythme soutenu. Toutefois, le front actif des coulées a cessé sa progression en direction de la route nationale.

Avec cette deuxième éruption de l’année, qui a débuté tôt samedi matin, le spectacle est dans le Grand-Brûlé, sur la côte Est de l’île, aux pieds du piton de la Fournaise. Les coulées parvenues à 500 m d’altitude le soir-même (soit à 2,750 km de la RN 2), ont en effet gagné du terrain dans la nuit de samedi à dimanche : leur front actif se trouvait hier matin à moins de 400 m d’altitude (1,7 km de la route). Hier en fin d’après-midi, toutefois, la lave avait très peu progressé selon une reconnaissance aérienne effectuée par la gendarmerie : la lave, après avoir dévalé le toboggan des Grandes pentes, est parvenue dans la zone de replat du Grand-Brûlé. Sa déclivité réduite favorise le ralentissement des coulées, leur étalement et, en définitive, leur refroidissement sur place.

Une équipe de l’observatoire volcanologique a pu se rendre sur le terrain hier matin pour effectuer des prélèvements d’échantillons. Thomas Staudacher, au retour, tirait un coup de chapeau au pilote : l’hélicoptère est parvenu à venir rechercher les scientifiques qui se voyaient déjà revenir à pied en raison des nuages massés sur les pentes du volcan… “Il n’y a pas de gros cristaux dans la lave”, notait en substance le directeur de l’observatoire, ce qui différencie celle de l’éruption en cours de celle de janvier dernier, très riche en olivine.

Seules deux des quatre fissures qui se sont ouvertes samedi matin, entre 1850 et 1600 m d’altitude, étaient encore actives hier. Les deux supérieures étaient éteintes. Les deux autres, les plus basses, vers 1600 m, fonctionnaient toujours, une seule présentant un débit important, selon l’observatoire volcanologique. Un solide cône, dont l’ébauche était visible dès samedi, s’est même édifié, qui contient un petit lac de lave. Des fontaines en jaillissent jusqu’à une trentaine de mètres de hauteur, visible depuis la route nationale 2.

Les scientifiques ne se prononcent pas sur l’évolution de l’activité. Même si la valeur du trémor, un signal caractéristique de la vigueur de l’éruption, a été divisée par quatre depuis samedi matin, remarquait Valérie Ferrazzini hier en fin d’après-midi. La sismologue indique par ailleurs que le réseau de surveillance du piton de la Fournaise enregistre toujours des séismes. De tels événements précèdent habituellement les éruptions mais cessent une fois que la lave s’écoule. Néanmoins, “nous avons déjà été confrontés à une telle situation au cours des dernières éruptions, sans qu’on puisse se l’expliquer, et elle n’a pas débouché sur l’ouverture de nouvelles fissures éruptives”.

Hier soir, la coulée parvenue à 400 m d’altitude ne semblait plus progresser. Mais il était impossible de dire si elle va en rester là ou reprendre son avancée. Si le débit de la lave, partie de 1600 mètres d’altitude seulement, reste aussi important, comme en témoignait hier soir le chenal bien visible depuis la route nationale 2, on ne peut exclure la formation progressive d’un tunnel dans lequel la coulée circulerait à l’abri de l’air. Ce qui lui permettrait de rester plus fluide et de gagner du terrain malgré la faible pente du Grand-Brûlé. Les coulées du piton Madoré, installé beaucoup plus haut (1800 m) ont ainsi coupé la route nationale 2, en juillet 2001, au bout de trois semaines d’éruption (sans parler de l’éruption de janvier 2002 qui a atteint la mer). Les coulées de samedi, quant à elles, longent par le sud la coulée de mars 2001 qui s’était arrêtée bien au-dessus de la route nationale 2.


Combien étaient-ils ?

Impossible à dire, des milliers probablement. Dès samedi soir, la RN2 a été envahie par les promeneurs venus admirer la rivière de lave dévalant les pentes du volcan. Une nuit blanche sur fond rouge. Magique. Inoubliable. Certains ont passé la nuit sur place avant d’être relayés au petit matin par une foule de plus en plus nombreuse. Ils étaient encore hier soir des centaines à savourer le spectacle.

Samedi, 21 h 30, sur la route de Sainte-Suzanne. Elle est là, immense et mystérieuse, perchée sur les hauteurs. Au début, on pense à un projecteur de discothèque. Un incendie. Mais non. Tête collée sur le pare-brise, la lueur rouge paraît grossir, envahir le ciel. A hauteur de Saint-Benoît, plus aucun doute : la Fournaise est en feu et illumine la nuit à des kilomètres à la ronde. Quelle bonne idée d’avoir éteint la télé ce soir…

Au vu des premières files de voitures qui se forment en approchant de Sainte-Rose, on sait qu’on ne sera pas seul à assister au spectacle. L’excitation monte. Rester concentré sur la route. Pour l’instant, ça roule fluide et plutôt tranquille. Et puis soudain, un coup de frein brutal dans un virage. Les yeux s’écarquillent, bouche entre ouverte : à quelques kilomètres devant nous, une rivière de feu dévale les pentes du volcan. Vite, se garer. Sur le bord de la route, quelques badauds sont déjà en position, jumelles à la main et appareil photo en bandoulière. “Oh là, là… Tu vois comment ça crache là haut !”. “Et là, il n’y a pas deux fissures ?”. “Oui, oui, j’en vois deux moi aussi. C’est superbe”. “Mais alors, c’est pour ça qu’il y avait autant d’hélicoptères cette après-midi”. Un touriste qui mitraille au téléobjectif : “Tu sais chérie, j’adore la belote mais j’aime encore mieux ça”.


“Au moins 5 000 personnes”

Encore quelques photos souvenirs et tout le monde plie bagage. Direction le Grand Brûlé, lieu de ralliement des spectateurs. Sur le site de la Vierge au Parasol, ils sont déjà nombreux à s’être arrêtés, admirant de loin la coulée de lave. Au fil des derniers kilomètres, le flot de voitures devient de plus en plus dense. Pare-chocs contre pare-chocs, l’approche vers la coulée de janvier 2001 se fait au ralenti. Puis à l’arrêt.

“Mais c’est à qui cette voiture ?”, “Non, pas-là, vous voyez bien que vous gênez tout le monde”. Lampe torche à la main, un gendarme s’évertue à faire la circulation. “Le bordel ? Y’a au moins 5 000 personnes ce soir et on n’est que quatre”, soupire-t-il. 23 h, la RN2 s’est transformée en rue piétonne. Les premiers spectateurs arrivés en début de soirée repartent vers leurs voitures, sourire béat aux lèvres et la tête pleine de rêve. Les autres s’empressent de grimper sur l’ancienne coulée, pressés de savourer à leur tour le spectacle. Une fois sur les gratons, la foule est étrangement silencieuse. On chuchote pour ne pas troubler la sérénité du moment. Et puis comment trouver les mots…



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Mardi 19 Novembre : Le feu de la terre

Dans la nuit du lundi 18 au mardi 19 novembre 2002, la coulée de lave issue des deux fissures encore actives se situait à 1,4 km de la route nationale n°2 reliant l'Est au Sud. Le Piton de la Fournaise entame ce mardi son quatrième jour d’éruption. La lave est toujours visible de la RN2.

Des quatre fissures qui se sont ouvertes au début de l'éruption le samedi 16 novembre à 4 heures 30, seules deux sont encore actives. La trajectoire de lave provenant de ces failles suit la coulée de juin-juillet 2001.

Lundi soir, le front de la coulée se situait à environ 350 mètres d'altitude dans le Grand Brûlé à quelques 1 400 mètres de la RN2. La lave se déplace lentement. La coulée a progressé d’environ 300 mètres en 24 heures et se trouvait hier à 350 mètres d’altitude. Bien malin celui qui pourrait dire si elle risque d’atteindre la route. L'étalement de la lave au bas des grandes pentes ralentit encore sa progression.

L'éruption n'est toujours pas visible du Pas de Bellecombe, du Piton Bois vert et du Nez Coupé du Tremblet. De même, aucun point d'observation situé sur les remparts de l'enclos, ne permet d'apercevoir le phénomène.

L'accès de l'enclos (la caldeira centrale du volcan) reste interdit et dans un communiqué rendu public lundi soir, la préfecture souligne que «le Nez Coupé du Tremblet n'est pas accessible par les entiers GRR2 et de Takamaka au départ de la RN27. La préfecture insiste également sur fait qu'il «est strictement interdit de quitter la route nationale 2 et de remonter l'enclos pour s'approcher des coulées».

La RN2 au niveau des coulées de juin-juillet 2001 reste donc le seul point possible d'observation du grand spectacle. Des milliers d'admirateurs du Piton de la Fournaise s'y sont d'ailleurs rendus dimanche.

On ne voit qu’elle en arrivant dans le Grand-Brûlé : la coulée de l’éruption qui a débuté samedi matin à 1 600 mètres d’altitude était arrivée, hier, à 1,4 kilomètre de la route nationale, après avoir progressé de 300 mètres en une journée. Elle longe toujours par le sud la coulée du piton Madoré (juin-juillet 2001), mais s’étale en raison du ralentissement de la déclivité, ce qui finalement ralentit son avancée.

Le trémor de l’éruption a légèrement augmenté entre dimanche et lundi, note l’observatoire volcanologique qui enregistre toujours de nombreux séismes (voir notre édition d’hier). Un survol effectué à bord de l’hélicoptère Fennec de la base aérienne Roland-Garros, en fin de matinée hier, a permis de vérifier l’absence de toute activité suspecte en haut de la plaine des Osmondes, dans le nord de l’enclos, après l’annonce par la gendarmerie d’une fumée s’échappant du cratère Picard.

Le débit à la sortie du cône actif, qui mesure une vingtaine de mètres de hauteur, restait stable hier, assez soutenu. Il alimente des coulées très visibles la plupart du temps. Mais les débordements dans les Grandes pentes ralentissent l’alimentation du front de coulée.

À la question “les coulées vont-elles atteindre la route ?”, que se posent de nombreux curieux présents dans le Grand-Brûlé, il n’est pas facile de répondre. La faible pente, la végétation, la topographie générale … et les données historiques disponibles indiquent qu’assez peu d’éruptions franchissent ces obstacles. Pourtant, comme en juillet 2001, en 1998, en 1976 par exemple, certaines conditions favorisent cet événement : durée de l’éruption, formation de tunnels de lave, regain d’alimentation de l’éruption. Difficile par conséquent d’échafauder des hypothèses, tant la situation peut évoluer du jour au lendemain.


Mercredi 20 Novembre

Depuis le lundi 18 novembre 2002, une grille métallique barre l’accès à l’enclos de la Fournaise. La préfecture a fait installer cet équipement pour empêcher le public de braver l’interdiction de descendre dans la caldeira centrale du volcan. L’éruption quant à elle se poursuit.

En 24 heures, la coulée qui s’est formée samedi matin à 1 600 mètres d’altitude a gagné plus de 200 mètres. Mais la progression de la lave s’est quelque peu ralentie.

Le débit à la sortie du cône reste cependant équivalent à ce qu’il était au premier jour de l’éruption. Mardi en fin d’après-midi, la coulée se trouvait plus qu’à 1,2 kilomètre de la route nationale.



Crédits infos et images: ipreunion.com, clicanoo.com, fournaise.infovisitez notre partenaire: fournaise.info, toute l'actualité de la Fournaise et bien d'autres, grâce a qui ce dossier existe !

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